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Carnet de santé

Obésité du labrador : cinq gènes qui poussent vers la gamelle

Cinq gènes pèsent sur l'obésité du labrador, et une mutation de l'appétit touche un chien sur quatre. Ce que la génétique change, et ce que la gamelle peut encore.

L'essentiel sur l'obésité du labrador et ses gènes

Deux cent quarante et un labradors de compagnie ont servi de base à l'étude publiée le 28 mars 2025 dans la revue Science par l'équipe d'Eleanor Raffan, à l'université de Cambridge. Chaque chien a reçu une note d'état corporel, puis son génome a été comparé à celui des autres. Le but : comprendre ce qui sépare un labrador mince d'un labrador gras, et éclairer l'obésité du labrador par autre chose que la gamelle. Jaika est une labrador chocolat. J'ai donc lu l'article de près. Ce que j'en retiens :

  • cinq gènes ressortent : CARD11, CSNK1A1, CDH8, SEMA3D et DENND1B
  • DENND1B a l'effet le plus fort, environ 7 % de masse grasse en plus par copie du variant
  • une mutation du gène POMC est portée par un quart des labradors de compagnie
  • chez les chiens à haut risque génétique, un maître strict sur la ration et l'exercice fait baisser la note d'état corporel

Pourquoi DENND1B compte plus que les autres

La note d'état corporel va de 1 à 9. Entre 4 et 5, le chien est à son poids ; à 8 ou 9, il est généralement considéré comme obèse. Chaque point correspond à peu près à 8 % de masse grasse. Pour le variant de DENND1B, chaque copie portée ajoute en moyenne 0,94 point à la note. Un chien qui en porte deux copies part donc avec près de deux points de plus qu'un chien qui n'en porte aucune. Sur une échelle de neuf, c'est beaucoup.

Ce gène agit dans le cerveau. Il intervient sur la voie leptine-mélanocortine, celle qui règle l'équilibre entre l'énergie mangée et l'énergie dépensée, et il est aussi associé à l'obésité chez l'homme. Les quatre autres gènes ont un effet plus faible, mais ils s'additionnent. Aucun ne décide seul. C'est la somme des variants portés par un chien qui le classe à haut ou à bas risque. Les chiens à haut risque génétique se distinguaient aussi par leur appétit, mesuré par un questionnaire validé que remplissaient les maîtres : ils réclamaient davantage à manger et faisaient moins les difficiles devant la gamelle. Le gène de l'obésité chez le chien, au singulier, n'existe donc pas.

Un quart des labradors portent la mutation POMC

L'étude de 2025 ne part pas de rien. La même équipe avait déjà décrit une délétion du gène POMC, qui touche un signal de satiété. Selon l'article de Science, elle est portée par un quart des labradors de compagnie, et elle est plus fréquente encore chez les chiens d'assistance. Guide Dogs UK, l'association britannique des chiens guides, a d'ailleurs fourni une partie des échantillons. L'article ne donne pas de chiffre propre aux chiens guides. Il ne propose pas non plus d'explication à cet écart, et je n'en avancerai pas. Je ne connais pas le génotype de Jaika, ni pour POMC ni pour DENND1B. Je ne sais pas davantage si un laboratoire français propose ces deux tests à un particulier. Avant de chercher, je note une chose : le résultat ne changerait pas grand-chose à la conduite de la gamelle, puisque l'étude montre justement que le contrôle de la ration fonctionne chez les chiens à haut risque.

Peut-on tenir un labrador mince malgré ses gènes ?

Oui, d'après l'étude de Cambridge, mais au prix d'un effort nettement plus grand. Chez les labradors à haut risque génétique, un contrôle strict de l'alimentation et de l'exercice par le maître faisait baisser la note d'état corporel de façon significative. Chez les chiens à bas risque, ce contrôle ne changeait rien de mesurable. Eleanor Raffan en tire une remarque qui dépasse le chien : les maîtres de chiens minces ne sont pas moralement supérieurs aux autres, et la remarque vaut pour les humains minces. Les pistes de l'équipe pour les chiens gourmands sont concrètes. Étaler la ration du jour avec un distributeur à énigmes, éparpiller les croquettes, ou choisir une alimentation plus rassasiante.

Ce que ce contrôle rapporte, une autre étude l'a chiffré il y a plus de vingt ans. Financée et menée par Nestlé Purina, elle a suivi 48 labradors de sept portées pendant quatorze ans. Dans chaque paire de chiens de la même portée, l'un recevait 25 % de nourriture en moins dès l'âge de huit semaines. L'échantillon est petit, et le financeur vend des croquettes. Ça n'invalide pas les résultats, publiés dans le Journal of the American Veterinary Medical Association, mais je préfère l'écrire. J'en ai parlé pour la longévité dans l'article sur la courbe de croissance et le poids adulte du labrador. Les chiffres articulaires, diffusés en septembre 2002 par l'université de Pennsylvanie, se lisent mieux côte à côte :

MesureChiens rationnésChiens sans restriction
Durée de vie médiane13 ans11,2 ans
Arthrose de la hanche à 2 ans1 chien sur 246 chiens sur 24
Arthrose de la hanche à 10 ans42 %79 %
Âge moyen au premier traitement de l'arthrose13,3 ansenviron trois ans plus tôt

Pour une chocolat, deux facteurs qui s'ajoutent

La robe de Jaika compte ici. L'équipe de Cambridge avait déjà associé la robe chocolat à un risque de surpoids plus élevé, et l'étude VetCompass du Royal Veterinary College lui attribue une durée de vie médiane plus courte, que j'ai détaillée dans l'article sur la durée de vie du labrador chocolat. Dans ce que j'ai lu, l'étude de 2025 ne ventile pas ses résultats par robe. J'ignore donc si les chocolat portent plus souvent le variant de DENND1B. Une chose est sûre. La génétique ne fixe pas le poids, elle fixe l'effort qu'il faudra pour le tenir. La question que je poserai au vétérinaire à la prochaine pesée de Jaika : faut-il connaître ce génotype, ou la balance suffit-elle ?

Sources : Wallis, McClellan, Raffan et al., Science, 28 mars 2025, University of Cambridge via ScienceDaily, 6 mars 2025, Penn Today, 12 septembre 2002