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Carnet de santé

Dysplasie de la hanche du labrador : une étude suédoise

Une étude suédoise portant sur treize mille labradors chiffre la dysplasie de la hanche par grade et son lien avec celle du coude, dépistable dès un an.

Treize mille labradors passés au crible en Suède

Le 4 janvier 2026, une équipe de l'université suédoise des sciences agricoles, à Uppsala, a publié les résultats d'un dépistage portant sur 13 125 labradors radiographiés de la hanche et 13 057 radiographiés du coude. Menée par Karolina Engdahl et Sofia Malm Persson, avec Åke Hedhammar et Katja Höglund parmi les coauteurs, l'étude s'appuie sur des années de clichés soumis au programme national suédois de dépistage des dysplasies, tenu par les vétérinaires agréés du pays depuis plusieurs décennies. C'est, selon les auteurs eux-mêmes, la plus grande série jamais publiée sur ces deux articulations chez le labrador, loin devant les cohortes de quelques centaines de chiens qui servaient jusque-là de référence.

Le principe du dépistage ne change pas d'un pays à l'autre : une radiographie du bassin et des coudes, prise sous anesthésie ou forte sédation pour obtenir un cliché net, puis notée par un lecteur agréé selon une échelle de grades reconnue internationalement. En France, la méthode suivie par la Société centrale canine repose sur le même principe, avec des lettres de A à E pour la hanche. Ce qui distingue le travail suédois, ce n'est pas la méthode mais la taille de l'échantillon, suffisante pour croiser les deux articulations chez les mêmes chiens et vérifier statistiquement si l'une prédit l'autre, une question qu'aucune étude française de cette ampleur n'a encore posée sur la race.

Hanche et coude, grade par grade

Les chiffres publiés donnent une photographie précise de la race à l'échelle d'un pays entier. Ils ne disent rien du chien qu'on a devant soi, seulement d'une population entière passée par le même protocole de lecture.

ArticulationRésultatPart des chiens
HancheGrade A (sain)62,7 %
HancheGrade B (limite)21,1 %
HancheGrades C, D, E (dysplasie)16,2 %
CoudeED 0 (normal)91,0 %
CoudeED 1 à 3 (dysplasie)9,0 %

Un labrador radiographié sur six sort donc, statistiquement, avec un grade de hanche C, D ou E, contre un sur onze seulement pour le coude : l'articulation la plus exposée de la race n'est pas celle qu'on cite le plus souvent dans les discussions entre propriétaires. L'étude relève aussi une corrélation positive entre la sévérité des deux résultats chez un même chien, un coude plus atteint s'accompagnant statistiquement d'une hanche plus atteinte. Les auteurs en tirent une piste concrète pour la sélection, en notant qu'améliorer un critère par le choix des reproducteurs pourrait améliorer l'autre du même mouvement, sans qu'il faille mener deux programmes de sélection séparés ni doubler le coût du dépistage pour chaque portée destinée à la reproduction.

D'où vient le risque, et ce qu'on peut vraiment actionner

Une hérédité qui varie du simple au sextuple

L'étude suédoise situe l'héritabilité de la dysplasie de la hanche entre 0,1 et 0,6 selon les populations étudiées, un écart large qui reflète des méthodes de calcul et des lignées différentes d'un pays à l'autre plutôt qu'une valeur unique et universelle pour la race. Une seconde publication, signée en octobre 2025 par une équipe de l'université de Guelph, au Canada, dans le Journal of Animal Science, va dans le même sens : sur plus de 3 500 chiens guides suivis entre 2010 et 2024, dont des labradors, des labradors croisés golden retriever et des caniches, les auteurs présentent leurs modèles génétiques comme une première étape vers une sélection reproductible d'un élevage à l'autre. Aucune des deux publications ne fixe de chiffre unique valable partout, ce qui devrait tempérer toute promesse commerciale annonçant une lignée « garantie sans dysplasie ».

Le poids et la croissance, les leviers qu'on peut actionner

Les deux études, suédoise et canadienne, citent les mêmes facteurs environnementaux aggravants : la vitesse de croissance, le poids corporel et le type d'exercice pendant la période de croissance, avant que le squelette ne soit formé. Aucun de ces trois leviers n'agit seul sur un chien déjà porteur d'une prédisposition génétique forte, mais tous restent entre les mains du propriétaire, contrairement à l'hérédité qui se joue avant même la naissance du chiot. J'avais déjà noté, en travaillant sur la courbe de poids de Jaika pendant sa croissance, que sa vétérinaire surveillait autant la vitesse de la prise de poids que sa valeur finale à un âge donné : c'est exactement ce que ces deux publications viennent confirmer par les chiffres, plusieurs années plus tard.

Le dépistage, et ce que je vais demander pour Jaika

Les données suédoises appuient un dépistage radiographique entre douze et vingt-quatre mois, une fois la croissance osseuse achevée mais avant que l'arthrose secondaire, quand elle survient, ne rende le cliché plus difficile à lire. Jaika a aujourd'hui dépassé ce cap sans avoir été radiographiée des hanches ni des coudes : sa vétérinaire n'en avait pas vu l'utilité immédiate tant qu'aucun signe clinique n'apparaissait, ni boiterie ni raideur au lever après le repos. Je vais lui reposer la question à la prochaine visite, avec ces chiffres suédois en tête plutôt qu'une inquiétude vague fondée sur rien de précis.

Ce que je retiens surtout, c'est que le dépistage ne sert pas à grand-chose isolé : c'est la comparaison avec les résultats des parents et de la fratrie qui donne tout son sens au grade obtenu, en situant un chien par rapport à sa propre lignée plutôt que par rapport à la race entière prise dans son ensemble, avec toute la variabilité que les deux études viennent de chiffrer. Jaika n'a pas de pedigree suivi ni de résultats parentaux connus, ce qui limite fortement ce qu'une radiographie isolée m'apprendrait vraiment sur son risque propre par rapport à la moyenne suédoise ou à celle, sans doute proche, des labradors français. La question que je garde ouverte, sans trancher pour l'instant : vaut-il mieux un dépistage sans repère de comparaison utile, ou l'observation clinique seule tant qu'elle ne boite pas et mange normalement, quitte à revoir la décision dès qu'un signe apparaît, aussi discret soit-il au départ ?